L'avant Gélas.
Tout commence ici, avec quelques
lectures sur internet qui portent mon attention sur le Mercantour. Le
plus haut sommet des alpes maritimes me fait de l’œil. Avec sa
forme étrange fendue d'un couloir pierreux.
Je lis autant de récits que je peux
sur ce « petit » sommet de 3143m. Facile pour certains,
moins pour d'autres, j'en retire l’impression que cela pourrait
être un bon point de départ pour s'initier à l'alpinisme.
Nous sommes fin mai 2014, et je contact
le bureau des guide de Nice pour prendre quelques renseignements et
réserver une course mi septembre.
Quoi ? Un guide pour le Gélas ??
...Mais c'est de la randonnée !!
Alors, peut être oui, bien que, après
avoir réalisée cette ascension, je peux dire que OUI un guide était
nécessaire dans mon cas, du simple fait qu'évoluer sur le fil d'une
arrête en cordée n'est pas dans mes gênes, et je peux également
affirmer que NON ce n'est pas de la randonnée !
Je me suis donc rendu, avec une amie,
à Saint-martin de vésubie, une première fois début juin, pour
prendre un peu la température du coin, pour sentir la montagne.
La neige était encore présente depuis
le refuge de la Madone avec de nombreux névés, et le paysage m'a
tout de suite « claqué à la gueule ».
Hyper minérale, abrupte, sec, piquant,
envoûtant, magique.
Nous sommes montés en direction du
Gélas, pour nous rapprocher de la bête, et nous avons posés nos sacs au pied du lac mort, qui à cette période est un lac de glace rose.
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| Le lac mort |
Le Gélas, droit devant nous,
m'inspirait le respect.
Je voyais au loin quelques alpinistes
et autres randonneurs à ski se rendre sur le balcon. Entre eux et
nous, il y avait les chamois, les bouquetins. Une pure journée en
montagne comme j'en avais rarement vécue.
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| Le saint robert a gauche, le Gélas devant |
L'entre deux.
Encore plus motivé qu'auparavant après
cette randonnée, nous avons décidés de nous rendre un peu plus
haut, un peu plus loin, mais de rester dans cette vallée.
Nous avions prévue le Mont Colomb. Une
belle petite rando un peu sportive, c'était parfait.
Départ de la vacherie, on prend la
sente en direction des lacs, puis on se dirige vers le pas du Mont
Colomb.
Tout de suite, le paysage est beaucoup
moins « fun » que sur l'autre versant, une impression
d'austérité nous gagne, de grands caïres nous dominent tout le
long sur une sente pas évidente et très pierreuse, puis nous
arrivons au lac du Mont Colomb, juste un peu avant le Pas du Mont
Colomb, de là nous tirons vers le Nord, il n'y a plus de sente et
quelques rares cairns nous indiquent le chemin à suivre.
Nous ne sommes plus très loin du But,
lorsque le mauvais temps nous oblige à redescendre.
Nous gardons néanmoins en mémoire un
point de vue magnifique.
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| Vue au pied du Mont Colomb |
Le Gélas en traversé Ouest/ Est.
Voilà, c'est le jour, nous sommes le
21 Septembre 2014, il est 7h00 du matin au refuge de la Madone
(1903m) quand nous partons vers le Gélas, Stephane Benoist notre
guide et Sandra, une jeune alpiniste.
Nous allons mettre 4h15 pour arriver au
Collet Saint-Robert, la vue est encore une fois magnifique, le temps
est au beau fixe, et l'air est frais.
Nous nous équipons au pied de
l'arrête : baudriers, casques et encordement.
Notre guide passe en tête, et j'ai
décidé en accord avec les autres de rester derrière. Je ne suis
pas trop en confiance et l’appréhension du vide me motive à
passer en dernier pour être dans leurs pas.
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| Encordement au pied de l'arrête ouest du Gélas |
En haut de l'arrête Ouest , c'est la
trouille au ventre que j'évolue sur le fil, un vent glaciale gifle
mon visage et malgré ça, je transpire sous mon casque et dans mes
gants. La vue de chaque coté de l'arrête est impressionnante et le
vide me fait regretter d'être là. Mais je dois avancer, impossible
de faire marcher arrière, je comprends alors la signification du
mot : engagé !
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| Encordés sur le fil de l'arrête Est. |
Nous avançons assez vite, malgré mon
trouillomètre à zéro, pour arriver au pied des gradins. C'est la
partie escalade de l'ascension. Je ne saurais dire la hauteur à
escalader, mais j'ai du mal à avaler que je vais devoir le faire.
Stéphane nous assure en tête, et je
décide de me concentrer sur mes mains, mes pieds et de ne pas trop
jeter de regards indiscrets sur les environs.
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| La partie escalade du Gélas, avant le sommet |
Très vide, nous sommes assez haut, je
monte tranquillement, assurant avec calme et sérénité mes prises,
facile, voir très facile. A chaque pas, je me demande quand la
partie difficile va commencer, et finalement, elle n'arrivera pas,
nous sommes au sommet.
Je n'ai pas eu peur, ou plutôt, je me
suis interdit de laisser la peur s'installer, et la récompense est
grandiose, la vue est magnifique.
La madone et la croix nous attendent
pour respirer un peu.
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| Le sommet du Gélas |
Je suis dans un état mitigé, le
cerveau encore pleins d'adrénalines, remplie de doutes sur mes
capacités d'alpiniste et en même temps pris d'un sentiment de joie
énorme.
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| Vue du Lac Long depuis le Gélas, coté France. |
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| Vue du versant italien, l'Argentéra, et le Viso au fond. |
En haut, il fait froid, pas trop le
temps de se poser, Stéphane préfère nous garder chaud pour la
suite : la descente sur l'arrête Est.
Je parts en tête, assuré par notre
guide.
Cette arrête était réputée plus
aérienne que la partie ouest, pourtant, je descend sans craintes,
avec beaucoup de plaisir et nous arrivons très vite sur le balcon su
Gélas, où nous allons déjeuner.
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| Descente du Gélas par l'arrête Est. |
La descente vers le refuge est une
torture pour mes pieds, mes genoux et la fatigue nous gagne moi et ma
compagne de fortune.
À 16h30 nous arrivons au refuge.
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| Le Gélas est derrière nous... |
Cette journée restera gravée dans ma
mémoire, principalement parce que c'est ma première ascension en
mode alpi, même si ce petit sommet est une course classée facile,
elle reste pour moi un défit que j'ai su relever contre mes craintes
du vide.
Une dernière chose, nous avons vu
beaucoup de monde monter sur le gélas par l'arrête Est depuis le
balcon, la plupart n'étaient pas encordés, certains n'avaient pas
de casques, et équipés de chaussures très sommaires.
Alors que nous étions à la sortie de
l'arrête, une dame faisant partie d'un groupe m'a demandé en
montant si c'était dur. Notre guide aurait aimer lui répondre que
cette année le cailloux est particulièrement dur, quand on tombe
dessus...